Je m’appelle Richard Gbotu Kubele, je suis travailleur social. Je suis aussi médiateur, médiateur interculturel. Très souvent quand il y avait des problèmes entre soit la police et les communautés issu de l’immigration, il y avait des responsables de la police qui me contactaient, particulièrement la police communautaire, pour me demander des conseils, me demander de les aider, de les orienter. Alors de fil à l’aiguille, il s’est fait que lors d’une discussion avec l’un des responsables des services de police de Sherbrooke, particulièrement la division qui s’occupait de l’aspect communautaire, il m’a donc interpellé pour me dire le constat qui était établi et qu’il n’y avait pas de formation. Les policiers de Sherbrooke n’avaient pas été formés en approche interculturelle. Il n’avait pas été formé sur les populations immigrantes qui venaient d’arriver dans la ville.
Pour la petite histoire, la ville de Sherbrooke a été pendant un certain temps vraiment une ville qui a reçu beaucoup de personnes immigrantes parmi toute catégorie en tout cas d’immigration mais majoritairement il y a quelques décennies des réfugiés qui venaient des pays en guerre qui étaient réinstallés donc à Sherbrooke. Alors, parmi ces gens-là, il y en avait qui avaient quitté leur pays d’origine et ils ont vécu dans d’autres pays, mais dans des camps des réfugiés. Certains pendant plusieurs années, d’autres même étaient nés dans des camps des réfugiés. Dans leur pays d’origine, le fait de voir un policier ou un militaire, ce n’était pas un sujet de confiance ou quelque chose qui pouvait garantir la sécurité. Au contraire, quand il voyait un homme en arme ou un homme en tenue, ben les jeunes étaient méfiants, il fallait fuir, il fallait se protéger. D’une part, ces gens n’étaient pas formés eux-mêmes à intégrer la culture locale et les policiers malheureusement aussi n’étaient pas formés à comprendre la dynamique de ces personnes-là qui venaient d’arriver.
Avec la police communautaire de Sherbrooke, nous avons organisé une session de formation. C’était une seule formation unique qui durait en tout cas une matinée, donc l’avant-midi. Une partie donc c’était l’exposé oral, c’étaient des exercices pratiques et puis il y avait des discussions à bâtons rompus, des jeux de questions-réponses. Malheureusement, ce qui s’est passé est que le besoin pour la hiérarchie de la police de Sherbrooke à cette époque-là, c’était d’étendre l’expérience à toutes les divisions de la police. Mais il s’est fait malheureusement qu’il n’y avait pas de budget pour ces formations-là. Et ça c’était vraiment un frein pour étendre l’expérience avec les autres divisions de la police de Sherbrooke.
Je m’appelle Emmanuel Diwafila, je suis policier depuis 2006. Mon parcours a été un peu holistique. Je n’ai pas eu un parcours conventionnel. J’ai fini mon école secondaire à l’extérieur du Canada dans une école privée. Et après, je suis venu, j’ai fait des cours de computer science. J’ai fait 2 ans la cité collégiale en technique des services policiers. J’ai appliqué à deux-trois reprises avec la GRC, avec d’autres corps policiers et Ottawa me rappellera en 2005 et 1 an après, j’ai été engagé par la police d’Ottawa. Ils m’ont envoyé dans leur école de formation. Dans ces 6 semaines de formation, il y avait du physique, il y avait tout ce qui est loi, code de la route, criminel. De souvenir, je ne me rappelle pas d’avoir rien qui parlait de race ou de minorité. On parlait de drogue à l’époque, mais il n’y avait rien vraiment qui était sur les minorités. À peu près au 3 mois, les policiers ont des entraînements où on allait dans un collège et il y avait différents enseignements au niveau comment faire un brief, comment faire certains rapports et là il y avait des fois des invités qui venaient et ces invités ici dans la ville d’Ottawa venaient avec des sujets comme respectful in the workplace. On parlait de toute la réalité trans et LGBTQ et là-dessus on ajoutait le profilage racial. Mais ce n’étaient pas des cours approfondis, c’était vraiment sur la surface. Je me rappelle une fois, j’étais dans un bureau et puis il y a un officier qui rentre et il dit « Ah, tu sais, on a beaucoup de défis avec des officiers noirs parce que les noirs sont moins intelligents que les blancs. » Et il vient avec un ouvrage, un livre, parce qu’il y a encore des livres même à l’université, des ouvrages qui sont sortis – des ouvrages scientifiques mais qui sont sortis dans les temps où le racisme était zellé et carrément la seule voix. Alors, ce qui explique qu’il y a encore cette position-là. Mais alors tu t’imagines, tu travailles avec quelqu’un qui a ça comme voix, comme philosophie et qui s’exprime. C’est non seulement arrogant, c’est déjà dérangeant et quels que soient les cours que tu vas avoir à l’interne, il y a un écosystème qui est déjà créé – un atmosphère qui est créée. Ce n’était pas donné par des gens qui l’ont vécu. On avait besoin de quelque chose de plus pratique. C’est quoi ? C’est quoi un billet ? Comment s’engage un billet pour monsieur tout le monde ? Comment la personne qui se fait arrêter 5-6 fois la même semaine dans le quartier juste pour avoir une belle voiture, comment il vit cela ? Quelle est sa perspective ? Quels sont les effets et les conséquences là-dessus ? T’es juste sur la surface que c’est des réalités mais il n’y avait pas plus que ça. Il n’y avait vraiment pas plus que ça. Puis il y a des politiques qui ont été placées comme à Ottawa, des politiques pour pouvoir recenser le montant de voiture qui sont arrêtés par quel officier et tout cela. Ce sont quand même des politiques qui ont été d’avance garde pendant un moment. Je pense qu’ils sont encore en place mais par contre ça arrive encore aujourd’hui.
Pour parler de l’affaire Luamba, j’aime la décision parce que c’est une avancée. Par contre la nuance du fait que ce n’est pas conscient, ça me dérange. Pour moi personnellement, je pense que c’est très conscient et que définitivement à la base pour l’entraînement, surtout dans un milieu où il n’y a pas beaucoup de policiers qui viennent des minorités, je crois qu’il y a un niveau où on doit éduquer, on doit entraîner, mais on doit aussi contextualiser et humaniser les gens qu’on arrête.
Alors, s’il faut donner un conseil aux futurs policiers, on dirait qu’ils doivent toujours se souvenir que le Canada est une mosaïque de culture. Un policier joue un rôle noble. Il assure la responsabilité populationnelle sur le terrain. Le policier est en même temps un agent de cohésion et d’intégration sociale. Il doit savoir que le milieu social ne définit pas un individu et que s’il faut considérer la race, il faut alors qu’il se souvienne que la seule race à considérer, c’est la race humaine.