Une des situations ici à la clinique où on a vraiment constaté de manière flagrante qu’il y avait une pénurie d’avocate et d’avocats dans la région c’est notamment au niveau des avocates et des avocats qui acceptent des mandats d’aide juridique. Je prends l’exemple d’un client qui était admissible à l’aide juridique mais ne pouvait pas être représenté par une avocate ou un avocat permanent de l’aide juridique parce que l’autre partie était déjà représenté par la permanence et donc le client était admissible au service mais devait être servi par un avocat ou une avocate de l’externe sur un mandat d’aide juridique qui était émis. Après ça, il s’est fait remettre une liste avec les noms puis des coordonnées d’avocates et d’avocats qui supposément acceptaient des mandats d’aide juridique en droit du logement. Il a fait des appels partout puis il s’est fait dire par tout le monde que ces personnes-là acceptaient pas ce genre de mandat là.
C’est certain que je n’ai pas accès actuellement aux chiffres, à savoir le nombre d’avocat idéal versus ceux qui sont actuellement à l’emploi, mais ce que je peux mentionner c’est qu’il y a certainement une pénurie d’avocat dans le secteur privé. Ce qu’on peut noter, c’est qu’il y a un exode au niveau du secteur privé vers le secteur public notamment en raison des salaires qui sont plus élevés. Peut-être les conditions de travail aussi qui favorisent davantage la conciliation travail famille. Cela dit, on a quand même une amélioration au niveau de ces conditions de travail qui sont offertes par les cabinets au privé pour essayer de justement palier à ce problème. Mais on peut définitivement noter au fil des dernières années-là que c’est difficile pour les avocats, notamment les 5 premières années de pratique. On va remarquer que souvent les avocats vont changer de milieu de travail par la suite.
Là où j’ai aussi constaté une pénurie d’avocat et d’avocate à l’époque, je pense que c’est encore le cas aujourd’hui, c’est dans des milieux plus ruraux. A l’Outaouais bien entendu, on a tendance à penser à Gatineau d’abord et avant tout mais l’Outaouais c’est aussi 4 grandes MRC avec des milieux plus ruraux, des plus petites villes, des villages, etc. Et je pense que c’est plus dans ces milieux là où là les gens vont avoir de la difficulté à avoir accès à des avocats et des avocates.
La pénurie des avocats et des avocates dans une région comme par exemple l’Outaouais ça peut avoir pour impact de décourager des étudiantes ou des étudiants en droit de venir pratiquer dans les régions comme la nôtre. Mais à mon avis, puis là c’est très personnel là, mais ça ne devrait pas. Ça ne devrait pas parce que je pense que justement ça ouvre les portes à plein d’occasions qu’on n’aurait pas dans d’autres régions. Mais quand on pratique dans la région de Montréal dans ce type de région là, on sait qu’il y a donc beaucoup d’avocats, beaucoup d’avocates, beaucoup de professionnels qui cherchent aussi un peu souvent les mêmes occasions. Donc c’est plus difficile de trouver un emploi mais quand on arrive dans une région ici, justement il manque de services juridiques à certains niveaux, dans certains domaines, dans certains coins du territoire. Je pense qu’il faut justement voir ça comme une occasion plutôt que quelque chose de décourageant. Tu sais c’est justement l’occasion de se dire ben il y a une part du marché qui n’est pas desservie. Alors moi je vais me lancer, par exemple en droit fiscal, en droit de l’immigration, dans des domaines où il y a des grands besoins puis il n’y a pas de professionnel qui offrent de service.
Je dirais que les avocats qui ont tendance à commencer dans les grandes villes plutôt que dans les petites communautés, écoutez, je ne peux pas parler pour eux, mais je peux certainement m’imaginer peut-être ce qu’ils peuvent penser en sortant des bancs d’école. Peut-être qu’ils ont l’impression qu’il y a plus d’emplois disponibles dans les grandes villes parce que les gens sont concentrés au même endroit. Peut-être aussi qu’ils ou elles ont l’impression que les mandats sont plus intéressants parce qu’on a des cabinets qui ont des contrats peut-être qui sont de plus grande envergure ou qui peuvent se spécialiser davantage dans un domaine ou peut-être qu’ils pensent qu’il y a juste plus d’argent à faire là-bas aussi, ce qui est dommage. En fait, c’est une perception qui selon moi est très limitée. Je considère au contraire que dans les régions, tu sais, les problèmes vont rester. Ils ne sont pas propres à la grande ville. Il y a des gens qui ont des problèmes juridiques super importants dans différentes régions aussi, qui ont une importance capitale même pour le droit. On a des dossiers par exemple qui ont fait de la jurisprudence à la Cour suprême. Ce n’était pas limité à Montréal par exemple ou à Toronto. Le Barreau du Québec a envisagé en fait plusieurs solutions pour essayer de remédier à cette situation-là. Il y a un comité sur la relève juridique en région qui a été mis sur pied.
Puis en février 2024, il y a un plan d’action sur la relève à région qui a été établie dans lequel il y a un certain nombre de recommandations qui ont été faites au Ministère de la Justice et au Barreau. Donc le premier axe, c’est de palier sur les défis de la relève en région. Donc certaines actions qui ont été envisagées, notamment lancer une campagne de valorisation de la pratique en région. Donc pour se faire, ils ont créé des campagnes publicitaires ciblées sur les médias sociaux. Également promouvoir le travail en région avec les facultés de droit. Ça c’est un écho qui a été faite directement avec le Barreau de l’Outaouais. Par exemple, il y a un partenariat qui a été fait avec le Barreau et l’Université d’Ottawa concernant la création d’un fond en soutien à la pratique privée en région. Une autre des initiatives du Barreau du Québec, c’est de s’assurer que l’offre de stage soit convenablement publiée. Donc on ne voit pas seulement que des stages en première ligne des grands cabinets dans la région métropolitaine de Montréal. L’objectif, c’est qu’on soit en mesure de voir aussi les autres stages offerts ailleurs. Donc ça inclut tout ce qui est les stages offerts à l’aide juridique de différentes régions administratives, également les stages offerts à la cour itinérante et les stages aussi qui seraient peut-être un peu moins orthodoxes dans le sens qu’ils ne sont pas typiquement là de la pratique du droit en cabinet mais par exemple en contentieux qui sont dans différentes régions aussi, pas nécessairement uniquement dans les grands centres urbains.
La clinique a été inaugurée en septembre 2025, donc lorsque nos premiers étudiants et nos premières étudiantes sont arrivés en 3e année du parcours de bac en droit. Et ce qu’on a décidé de faire en fait c’était de lancer comme tout premier service en septembre 2025, c’est un service conseil en droit du logement. Je pense que des initiatives comme la fabrique juridique, mais plus largement toute clinique juridique universitaire, c’est une excellente occasion de sensibiliser les étudiantes et les étudiants à la réalité de la pratique, du droit de manière générale, mais aussi en tout cas ici particulièrement en région. Je pense que si je dirais le contraire, je ne serais peut-être pas une bonne vendeuse par rapport au projet que je coordonne. Le fait de participer à des initiatives comme celle de la fabrique juridique ou toute autre clinique juridique universitaire là par ailleurs, c’est certain que ça conscientise les étudiantes et les étudiants en droit à la réalité qu’ils vont vivre, qu’ils et elles vont vivre éventuellement quand ils vont intégrer le marché du travail. Depuis quelques années, les étudiantes et étudiants en droit peuvent offrir des conseils juridiques à la clientèle des cliniques juridiques universitaire. Donc c’est pour moi la seule expérience de stage où ils et elles vont véritablement avoir l’occasion de rencontrer des vraies personnes, de véritablement offrir un réel service juridique et de vivre l’expérience de vraiment gérer un vrai dossier client du début à la fin.