Durant la grande crise des années 30, on a tout de suite vu les États se refermer sur eux-mêmes. Ils sont devenus isolationnistes et, pour ce faire, ils ont mis des droits de douane très, très, très élevés : 60 %, 80 %, 100 %, ça pouvait même aller au-delà de ça.
Durant la Deuxième Guerre mondiale, pendant, dès 1940, on se rend compte que ce contexte de protectionnisme a provoqué encore plus d’antagonisme, a participé à faire monter la pression.
Et donc, il y a des chefs d’État qui se rencontrent, celui du Royaume-Uni, des États-Unis, et qui essayent de dessiner le monde de demain et qui signent la Charte de l’Atlantique. Et dans cette charte-là, on prévoit justement que ce qu’il faut, c’est libéraliser le commerce, rendre les pays plus interdépendants les uns des autres.
Depuis quelques semaines, l’administration Trump sème le chaos. Et tous les pays agissent et réagissent pas mal de manière unilatérale pour l’instant, donc chaque pays adopte ses contremesures, voit ce qu’il doit faire, comment il doit faire. Et c’est le problème. C’est le problème parce que, probablement que, si on persiste dans cette façon de faire-là, c’est la fin du système tel qu’on le connaît depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
C’est un système qui est éminemment imparfait. Je ne suis pas en train de dire que ce système-là, il est parfait, au contraire, c’est un système qui est imparfait, qu’on devrait modifier, qu’on devrait rendre plus inclusif, parce qu’il faut se poser la question, hein, pourquoi toutes ces populations-là sont frustrées du commerce international ? C’est parce qu’on n’a pas été capables de leur donner ce à quoi ces populations ont droit.
Le problème, c’est : est-ce qu’on va faire en sorte que l’administration Trump sème le chaos à court, moyen ou long terme ? Et ça, c’est dans la manière dont les autres pays de la Terre vont réagir.
Les pays commencent à se parler, les pays insistent systématiquement sur la règle de droit. Quand c’est rendu que la Chine nous dit : « On tient à continuer à jouer selon les règles du système commercial multilatéral, on tient à l’Organisation mondiale du commerce » et qu’elle dénonce les agissements des États-Unis, les États-Unis qui sont, qui sont ceux qui ont créé le système dans lequel on vit.
L’Organisation mondiale du commerce, c’est en grande partie le fruit de ce que les Américains souhaitaient avoir comme système. Un système qui inclut l’ensemble des pays du monde, mais, je répète, ce système-là, il faut continuer à l’améliorer, il n’est pas parfait.
Mais de là à dire qu’on redevient dans un système de chaos, d’anarchie, un système imprévisible, ça serait terrible. On n’est plus capables de tout produire, on n’est plus capables de devenir autarciques, on doit compter sur les autres. Donc, si on compte sur les autres, on ne peut pas leur faire la guerre, et c’est ça la base du système commercial multilatéral.